Mon cousin  
   
  C'est à l'ocasion d'une réunion de famille, que je fais connaissance avec l'un de mes cousins qui est sourd et un peu en retard sur son âge. Il a 17 ans, et moi 14 ans. Je ne suis pas encore pubère. Tous les enfants sont logés ensemble dans le grand sous-sol de la maison. Il dort sur le matelas à côté du mien, mais il remue beaucoup et il est très bruyant. Soir après soir, il s'approche de plus en plus du mien.
Je faisais semblant de dormir, en espérant de toutes mes forces qu'il ne se passerait rien.
Il a attendu que tout le monde soit endormi, que minuit soit passé pour se glisser contre moi. J'ai été saisie de surprise mais j'ai retenu mon cri. Il m'a embrassé, a caressé mon corps. Il semblait très excité, et faisait beaucoup de bruit à cause de sa surdité. J'étais horrifiée à l'idée que quelqu'un se réveille et nous entende. Je faisais des gestes pour le ramener au calme, au silence. Je ne pensais même pas à me défendre tellement j'avais peur. Je voulais seulement que ça ne se sache pas. J'étais persuadée que c'était de ma faute : que c'était moi qui l'avais allumé pendant la journée.
matelas
sculpture de Rachel Whiteread - 1993
  Pendant les jours qui suivront, il ne cessera de me tourner autour, de chercher à me toucher, à m'isoler. Il se comporte comme le ferait un animal : sans réfléchir, simplement, frontalement. Il essaye même de me toucher en présence des adultes, sans vraiment prendre le soin de se cacher. En voiture, à table, il me prend la main, me touche les jambes, l'entrejambe. J'ai honte. Je suis comme un pantin mort. Tout se passe dans un silence total : il est sourd, il ne peut donc rien entendre de tout ce que je pourrais dire. Démunie de la parole, je ne sais pas comment me faire comprendre.
Il recommence les nuits suivantes, puis dans une chambre, dans laquelle je suis logée après le départ de la plupart des invités.
Il m'y rejoint une nuit. Et il me force à coucher avec lui. Je pense que nos corps ne sont pas encore suffisemment formés pour cela. Le mien en tout cas. Il tente de me pénétrer. Cela me fait mal. Il essaye à plusieurs reprises, pendant longtemps, avec obstination. J'ai mal. Je ne bouge pas. Je ne réalise pas ce qui est en train de se passer. Je suis concentrée sur le mal qu'il me fait, comme une enfant, les larmes aux yeux, sans penser que ce qui se passe est grave.
Il finit par abandonner, et je quitte la chambre, avec un sentiment de victoire, pour aller dormir ailleurs.
 
  Pendant la journée, je suis tellement perturbée par ce qui se passe, que je m'approche du chien de la maison qui a été attaché en laisse à l'écart à cause d'ardeurs sexuelles incontrôlables. Dès que quelqu'un s'approche, il se met à frétiller, sautiller, et son sexe entre en érection.
Je m'aproche pour le carresser et j'observe son sexe : il est petit et rouge, comme sangignolent. Mon cousin était dans le noir, je n'ai rien pu voir. Je me demande si un sexe plus petit comme celui de ce chien, pourrait entrer dans le mien. Je décide d'essayer. Le chien est très excité et bouge en tous sens. Je ne sais pas du tout comment il faut faire. Je le caresse affectueusement pour le ramener au calme. C'est à ce moment que ma tante survient, et me rapelle qu'il ne faut surtout pas approcher du chien.
Je pars et je rougis d'un coup en prenant conscience de ce que j'ai failli faire. Je n'ai plus jamais approché aucun chien depuis. Ca me reste en travers de la gorge : j'ai honte. Je ne comprends toujours pas comment j'ai pu faire ça.
  Chaque été mon cousin venait passer quelques jours chez nous. Il paraît que sa famille l'envoyait chez ses cousines afin de le déniaiser. Comme j'étais chez moi, j'ai réussi à éviter le pire. Il n'a plus eu l'occasion de me forcer à des relations sexuelles avec lui.
Mais à chacun de ses séjours, il recommençait à me tourner autour, à essayer de se retrouver seul avec moi, à me toucher pendant la journée, à me suivre partout, essayant de venir me chercher dans ma chambre la nuit. Heureusement, je dormais avec mes sœurs. Je ne cessais de l'éviter, mais il me suivait avec obstination, épiant tous mes gestes, tous mes déplacements, faisant n'importe quoi pour attirer mon attention. Il s'était mis à m'écrire des lettres d'amour. Je crois qu'en plus d'être sourd, il devait être un peu simplet.